Exercice 1 : le transcript

Le transcript s’empare d’un film déjà réalisé, sa visibilité, son audibilité, pour en écrire le scénario, a posteriori. Il fait donc le chemin inverse de la production habituelle qui part de l’écriture du scénario pour s’accomplir dans le film. Si le scénario prépare le film, le transcript, en revanche, en reconstitue l’origine, le texte, le projet, en suivant les mêmes règles d’écriture.

Objectif :

Confronter immédiatement l’écriture aux contraintes pratiques de la mise en images et en sons du récit : fuir la littérature et rendre les mots fonctionnels comme outils-à-faire-voir-et-entendre. Par delà cet aspect pratique, c’est aussi contre les moyens de la littérature que nous travaillons ici : son accès direct à l’intériorité ; son aisance à produire de la métaphore. Ce sont là 2 ennemis mortels de la dramaturgie, qui n’est qu’extériorité (ou extériorisation) et trivialité dans l’expression.

Contraintes :

L’exercice se déroule en 3 temps :
1° Un fragment de film est projeté plusieurs fois de suite. Après 4 ou 5 projections successives, chacun commence le transcript de la scène.
2° Episodiquement, pendant cette phase d’écriture, le fragment est projeté à nouveau. A partir d’un certain moment, le son est diffusé avec les images pour être intégré au transcript, comme une couche qui le complète.

Le transcript doit respecter les 3 règles fondamentales suivantes :
1) Le découpage en scènes : chaque changement de lieu ou de temps donne lieu à un changement de scène.
2) La métrique scénaristique : une page de texte doit correspondre à une durée de 45 secondes à 1 minute de film.
3) L’écriture comportementale : tout ce qui est écrit doit être visible et audible, sans ambiguïté, sans besoin d’interprétation, sans intention psychologique ajoutée, avec la froideur de la captation des machines célibataires que sont la caméra et le micro. Pour éviter l’utilisation de la littérature et de la psychologie, il est utile de soumettre le texte à une double question : pour chaque chose écrite, se demander - A quoi ça se voit ? (« il attend », à quoi ça se voit ?) - A quoi ça s’entend ? (« il est nerveux » : à quoi ça s’entend ?).
4) Par ailleurs, l’exercice se concentre sur l’acuité de la perception et la précision dans le choix des mots et de leur formulation, l’ordre d’apparition des informations, et beaucoup moins sur le respect des règles canoniques de l’écriture de scénario. La notation des scènes (par ex. INT. CHAMBRE - NUIT) et la syntaxe des dialogues, les alinéas et autres interlignages ne sont pas impératifs ici.

Matériau fourni :

L’exercice sera réalisé collectivement sur un extrait de 1’32’’de Le bon, la brute et le truand de Sergio Leone, 1966.

Il sera ensuite réalisé sur un extrait de film et un extrait de bande dessinée.
Un film : 1’22’’ extrait de Another earth, de Mike Cahill et Brit Marling de 2011.
Sur un matériau différent, la bande dessinée : les planches de Eisbär in der Schweiz de Sacha Goeg, dans le collectif Eisbär, 2010.

Matériau produit :

3 textes manuscrits d’une longueur de 1 à 2 pages chaque fois.

Durée de l’exécution de l’exercice :

1 séance d’atelier