Exercice 8 : le schéma actantiel combiné

Dans les exemples de complexité et de diffusion présentés au cours, nous avons vu le monde qui sépare et pourtant relie la dramaturgie aristotélicienne de son traitement dialectique dans l’esprit de la modernité.

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Si celle du maître ancien exige rationalité, hiérarchie, clarté, le traitement qu’en fait la modernité exprime la fêlure, l’arbitraire, la suppression des ordres, l’obscurité. D’évidence, le schéma actantiel, inventé par Greimas, appartient à la démarche classique, par son ambition de mise en ordre, autant que par son champ d’opération : le conte de fée. Mais très vite, les choses peuvent changer de nature par une simple distorsion : combiner 2 schémas, produire donc ne fut-ce que 2 sujets, est déjà une forme d’hérésie dramaturgique. En effet, l’ordre fondé sur l’axe UNIQUE qui relie le sujet et l’objet est mis en doute, déséquilibré par la présence d’un second. Reproduisons-le 10 fois et c’est l’idée même d’ordre, de dominant et de dominé qui se casse la gueule. Si maintenant, le schéma, en plus d’être multiplié est combiné, tout ce qui pouvait rester vertical dans les répétitions précédentes, disparaît : le destinateur d’un schéma devient sujet d’un autre, l’opposant du premier, l’adjuvant d’un autre, etc… On produit une horizontalisation généralisée du récit. Pour autant que l’on conserve de la dramaturgie classique certains principes (il y a des relations, de l’activité, des causes et des effets), on obtient une version moderne du modèle d’origine, plus proche de la « vraie vie ». Cet exercice est donc l’occasion d’approfondir ce qui oppose et relie le dramatique et le réaliste. Plus l’un augmente, plus l’autre diminue, mais la nature de chacun n’est possible que parce que l’autre existe…

Objectif

Construire un récit sur base d’un triple schéma actantiel, par groupe de 6.

Contraintes

TOUS les schémas actantiels sont cadrés par un grand événement et ses suites divulgués lors du début du cours.
Ils permettront de retrouver une synchronicité générale dans la totalité des histoires en développement.
Attention, ces événements peuvent impacter latéralement les protagonistes. Il s’agit de les connecter, mais aussi de trouver une saine distance avec eux. Le film-catastrophe est un exemple frappant : le scénario de ce genre de film donne des objectifs latéraux : retrouver son fils perdu lors d’une évacuation, se faire pardonner une trahison, prouver la culpabilité d’un dirigeant, plutôt que simplement "sauver sa peau".

Étape 1 – Les schémas actantiels fondateurs
1° -Réaliser par groupe de deux un schéma actantiel simple à différents endroits de l’espace d’accrochage. Multipliez les adjuvants et les opposants pour étoffer l’histoire.
2° -En dessous de chaque image, accrochez avec du papier collant (ou un post-it) donnant le nom des personnages, un élément de biographie, un élément de caractère, permettant de conserver une cohérence lors de la combinaison future des schémas.
3° -Sur les tapes qui relient ces images, inscrire les relations qui unissent les actants.
Exemple : 21 mars 15h43 – Jeannine demande à Jean-Paul de préparer un phyltre d’amour pour séduire Jean-Claude.

Étape 2 — Partage des pitches


Chaque schéma est raconté a deux autres groupes. Le but est de trouver des points de connexion : un personnage provenant d’un autre schéma pourrait être fondu avec un autre, ou ajouté à un groupe, devenir un opposant intéressant dans un schéma autre. En tordant légèrement les faits, rapprochez géographiquement les personnages. Ces torsions diverses seront négociées plus tard.
Chaque schéma devra placer au moins 2 actants dans d’autres schéma, et donc en accueillir 4. L’un d’eux est le sujet, pour éviter de ne mixer que des personnages secondaires.

Étape 3 – Recomposition
Il s’agit dès lors de faire tenir le récit choral. Repensez la chronologie, la géographie, les scènes de conflits pour intégrer l’ensemble des actants. Il s’agit d’un vrai travail de négociation, car au départ chacun tient naturellement à ses propres prémisses d’histoire, alors qu’il s’agit de créer une nouvelle unité.

Etape 3 – La transcription texte
Rédigez l’histoire de vos 3 schémas actantiels combinés sous forme d’un step outline par schéma. Tous les actants doivent y être exploités. Utilisez pour cela les feuilles fournies, sur lesquelles vous indiquer le numéro du schéma (1, 2 ou 3), un repère couleur pour un repèrage visuel rapide, et la description de la scène avec le nom complet des actants (pas de « il » ou « elle » mais « Gérard Mancheau » ou « Elise Bougeard »). Découpez ensuite les bandes et assemblez-les à la suite et en accordéon pour obtenir une histoire continue. La manière d’incorporer les trois histoires vous appartiennent. Soit chronologie, soit parallélisme, soit succession.

Durée

1 séance. Exercice réalisé par 6.

Documents à voir

Quelques films à voir, utilisant de multiples schémas actantiels sur des modes différents.
Short cuts, 1993, de Robert Altman, Magnolia, 1999, Paul Thomas Anderson, Pulp fiction, 1994, Quentin Tarantino, Psychose, 1960, Alfred Hitchcock, Love actually, Richard Curtis, 2003, etc.

Les séries télévisées emploient abondamment la combinaison de schéma actantiel, ce qui fait une grande partie de leur richesse et de leur succès. The wire, 2002-2008 David Simon, Ed Burns. Six feet under, 2001-2005, Alan Ball. Mad men, 2007, Matthew Weiner, etc.

En bande dessinée, Black Hole, 2006, Charles Burns, Bottomless belly button, 2008 et Body World, 2010, Dash Shaw, Frances, 2009, Joanna Hellgren, etc.