Exercice 11 : Préparation et exploitation diffuse

On l’a vu avec l’exercice sur la causalité, la préparation et l’exploitation sont deux symétriques. Voici un exercice pour en creuser un peu plus les mécanismes, cette fois dans son versant moderne - diffus, comme on le nomme dans cet atelier. Il s’agira bien en effet de diffuser les éléments préparés dans des couches plus profondes du récit, plutôt que de jouer avec l’attention du lecteur par l’usage du défaut d’exploitation, qui consiste à préparer un élément puis le laisser tomber à la dernière minute, créant une frustration chez le spectateur.

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Objectif

Créér une bande dessinée sur le mode oubapien de "moins d’un quart de seconde pour vivre" (de Trondheim et Menu) : un jeu de 8 images, à partir desquelles sera produite une série de 20 strips de 4 cases. Le tout doit être lisible et comporter un forme de cohérence : pas de cadavre exquis ni de « cut-up ».
Les 20 strips composeront une histoire complète, soit par un système choral (récits parallèles qui se rejoignent) soit un fil continu. La mécanique du strip, l’obligation de réemploi des images, produit mécaniquement quelques effets d’exploitation, mais ne garantit aucunement la qualité de votre propos.

Déroulement

- Choisir dans la boite à images 6 images différentes : plans larges, rapprochés, paysages, personnages, situations. Numéroter les images.
- Les présenter à vos professeurs, qui complètent votre choix par 2 images imposées.
- Choisir 4 images (4 images qui peuvent être la même, deux fois la même, ou toutes autre combinaison au choix), dessiner quatre cadres sur une feuille avec le numéro des images auxquelles ils correspondent, ajouter dialogues et didascalies à l’intérieur. On obtient un strip.
- Reprendre cette méthode 20 fois en veillant à construire une situation par les thèmes, personnages et situations récurrents.
- Traiter les images en les redessinant, re-photocopiant, recoupant, pour les rendre plus uniforme plastiquement. En profiter pour les recadrer dans des tailles facilitant l’assemblage : les strips sont fait la plupart du temps d’images de format carré, propice à la mise en page ligne horizontale, verticale ou en carré. Attention, chaque image apparaîtra donc de manière identique dans toutes ses exploitations.
- Pour le jour de la cotation, assembler les strips en un livret photocopié agréable à lire. Le plus simple reste le fanzine dont vous avez l’habitude maintenant, en format A5 vertical ou horizontal. Tirez-en deux exemplaires au moins.

Quelques conseils de mise en forme

La forme de restitution est celle du fanzine, nom commun donné à un livret généralement de taille A4 ou A5, un ensemble de feuille imprimées recto-verso et plié en deux. Quelques conseils à ce propos :
- Éviter les formes trop compliquées, trop chères, trop bricolées.
- Écrire lisiblement bulles et didascalies.
- Faites en sorte que les cases soient d’une taille raisonnable : ne disposez pas les strips sur la largeur d’un A5, ce sera à coup sûr illisible.
- Photocopiez la couverture sur un papier plus fort, et éventuellement les pages intérieures sur du papier 90 ou 100 grammes/m2.

Diversifier le mécanique de préparation et d’exploitation

Veillez à ce que les éléments varient dans leur fonction, leur relation, leur causalité, pour créer de la richesse et de la qualité dans le récit.
A cette fin, on utilisera pour chaque élément l’un des 5 types d’utilisation suivants :
1) La préparation/exploitation causale
Pour qu’un événement apparaisse comme logique, nécessaire, il est préparé en amont. On veillera à faire passer l’info en douce.

2) L’exploitation par répétition (A - A- A’)
Une même situation est exposée deux fois de manière similaire, puis une troisième fois avec un résultat différent. L’écart entre les trois situations sont autant d’indicateurs permettant de mesurer la portée des événements sur ses protagonistes.

3) Le milking ou exploitation maximisée
Tirer parti au maximum des éléments mis en place (décor, situation, personnages) tient du principe d’économie et renforce la cohérence. Aborder le maximum des facettes des éléments mis en place dans les aspects de caractère, de décor, de situation, de conflits. Un road movie devra ainsi tirer parti de l’imagerie de la route (bitume, ciel bleu et pluie, ligne droites à l’infini et sinuosités) mais aussi des événements tels que la panne d’essence, le stop, l’alternance ville-campagne, le restoroute, la poursuite, l’accident, ainsi que du décorum (traits burinés, lunettes de soleil, grosses cylindrées au bruit sourd, pépées blondes).

4) Exploitation poétique
La thématique du récit est déclinée, on retrouve un pattern diffus qui traverse le récit sans que les éléments soient nécessairement connectés de manière causale. Les couleurs, les sons, le montage, des écarts ou contrastes, des situations symétriques, etc. Le jeu vidéo dans “external world”, les monologues dans “Les ailes du désir”, par exemple.

5) Le défaut d’exploitation
Considéré comme une faute par la dramaturgie concentrée, le défaut d’exploitation consiste à préparer des éléments, puis à en abandonner l’exploitation. On peut alors jouer de la frustration ressentie, ou de l’ironie produite. Aussi appelé "perspective de conflit", Il faut l’utiliser avec intelligence : il passe souvent pour une simple maladresse de scénario.

Ces cinq divisions sont arbitraires, les qualités de l’une sont contenues dans les autres. Mais si votre récit ne contient rien qui rentre dans aucune de ces catégories, il y a lieu de s’inquiéter.

Rappelez-vous d’utiliser les points de structure sur lesquels nous avons travaillé au cours de l’année : ouverture, plot point 1 & 2, progression dramatique, climax, état des lieux sont des haut-lieux de préparation et d’exploitation. N’oubliez pas que n’en utiliser que certains vous garantit une liberté plus grande dans la construction, entre concentration et diffusion.

Pensez aussi aux relations entre les personnages, à leur façon d’interagir au cours de l’histoire. Marquez-les et faites-les évoluer.

Materiau produit

20 strips assemblés dans un livre, avec un titre et un auteur.

Documents montrés


Le réveil de Phil dans un jour sans fin de Harold Ramis, 1993
La mort du Dieu de la forêt dans Princesse Mononké, Hayao Miyazaki, 1997
Un extrait de Love actually, Richard Curtis, 2003
L’île aux fleurs, Jorge Furtado, 1989
La scène du marché de Indiana Jones et l’arche perdue de Steven Spielberg, 1982

Durée

Exercice en 2 séances, seul, avec un rendu lors de la cotation finale en mai.