Exercice 5 : Causalité et milking

La préparation et l’exploitation sont deux symétriques, aussi nécessaires à la dramaturgie que l’admission et l’échappement pour le moteur à explosion. Voici un exercice pour en creuser un peu plus les mécanismes.

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La préparation consiste à injecter un élément dans la chaîne du récit, destiné à produire des effets dans la suite des événements. On parle donc de préparation ET d’exploitation, décrits par Aristote au travers de ses deux concepts du “vraisemblable” (événement plausible au vu des événements) et du “nécessaire” (conséquence logique des événements précédents).

Nous travaillerons dans le présent exercice cette mécanique à travers un autre concept phare de l’écriture de scénario : le milking. Ce terme barbare se traduit en français par “la traite” (du lait). Le milking s’attache à réduire - parfois volontairement -, le nombre d’éléments présents dans une narration, et à les réemployer le plus souvent possible, dans toutes les variations qu’ils offrent.
Cette économie a des raisons pragmatiques (il est moins onéreux de tourner dans peu de lieux de tournage, de payer moins d’acteurs, ou de dessiner un même décor) mais elle a aussi des raisons liée à l’efficacité dramaturgique. Il est en effet plus payant d’avoir en face de soi le type qui vous a particulièrement causé du tort à la fin d’une bagarre, plutôt qu’un autre type que vous voyez pour la première fois. De même, il est plus fort émotionnellement qu’un couple se sépare là où il s’est précisément formé.

Minimum de moyen pour un maximum d’effet : si la causalité met la mécanique au centre de la dramaturgie concentrée, cet exercice impose l’économie comme principe directeur.

Objectif

Créer une narration basée sur un nombre restreint d’éléments, exploités dans le maximum de leurs dimensions à l’intérieur d’une structure narrative.

Contraintes

- Choisissez deux images dans la boite à images. L’une d’elle sera le protagoniste, l’autre l’objectif. Collez l’image sur une feuille, punaisez-là sur le mur. Nommez ces deux images de manière simple et directe.
- Choisissez ensuite trois autres images. A ces éléments, un professeur adjoint deux images de son choix. L’ensemble de ces 7 éléments constitue la base à exploiter dans le récit. Observez les bien, car c’est dans leur matière visuelle que se trouve celle de votre récit. Numérotez ces images et nommez-les.
- Écrivez une courte exposition engageant votre protagoniste (le personnage à qui il arrive le plus de choses dans le récit). A la fin du chapitre, présentez son objectif et invoquez les raisons de celui-ci de manière simple.

- Choisissez ensuite une image parmi les 6 images restantes. Commencez par écrire les chiffres correspondants aux images invoquées (1 - 3 par exemple pour l’image 1 et 3), puis écrivez ensuite la scène dans laquelle sont mises en jeu ces deux images, avec comme direction l’objectif. L’une des exploitations évidentes sera le rôle d’adjuvant ou d’opposant, avec des trahisons ou conversions, mais d’autres rôles moins directs peuvent être trouvés. Revenez sur le motif, regardez les images dans leur polysémie : c’est dans la qualité des images que se trouve souvent les idées. Si un élément est une rivière, on peut y boire et être malade, ou embrasser l’être aimé assis à son bord, la traverser pour échapper à un poursuivant, y nager avec plaisir, ou s’y noyer, etc.

Reposez ensuite les images et choisissez une autre combinaison d’au moins deux images, et répétez l’opération 12 fois au moins. Punaisez-les au mur au ur et à mesure. N’hésitez pas à déplacer des scènes ou à en inclure d’autres si une préparation est nécessaire.

Il en résulte 13 scènes, à laquelle vous ajoutez deux scènes fabriquées à partir d’un seul élément. La totalité du récit sera donc de 15 scènes au moins. Numérotez-les avant de les décrocher.

Attention
Les scènes sont écrites au présent, de manière courte, descriptive, comportementale. Nommez les éléments dans les scènes : ne dites pas “il tombe” mais “Jean-François tombe”, “il pleut” mais “il pleut sur la forêt”.

Matériel à réunir par les étudiants

Votre boîte à image, du papier, punaises et scotch.

Matériel rendu

5 images, 15 scènes écrites minimum

Exemples montrés

Une séquence d’images du Mystère du lapin-Garou, Aardman Animations, 2005
Un montage de 10 minutes de Le mur invisible de Julian Roman Pölsler, 2013
Un extrait de Breaking bad, Vince Gilligan, 2008
The Crimson Permanent Assurance des Monty Python, 1983

Durée de l’exercice

2 séances.
Travail par deux