Exercice 10 : La structure dramatique diffuse

Comme l’a démontré toute la première partie de l’atelier, consacré à la dramaturgie aristotélicienne stricte, il y a une relation permanente et quasi dictatoriale entre causalité, activité, relations et progression. Du point de vue de la structure (système des faits, des événements), nous obtenons alors une structure concentrée, riche en oppositions, articulations, trajectoires, caractérisations.

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La structure dramatique diffuse, en revanche, sans déconstruire complètement ces articulations archétypiques, y laisse surgir des aspects importants de l’esthétique contemporaine, qui déstabilisent la concentration : ruptures dans la chaîne de causalité, suspension de l’activité, pauses narratives, discontinuités des relations, secret non résolu, irrésolution générale des trajectoires et irréconciliation des rapports humains en sont les ingrédients les plus reconnaissables. On y retrouve presque toujours certaines caractéristiques de la concentration (effets d’exposition, semblant d’objectifs ne fut-ce que locaux, traits de caractères, etc ...) mais bien souvent, ce qui lui fait défaut, c’est la progressivité et la solidité des articulations.

Si la structure concentrée laisse peu de place au doute (métaphysique, poétique, narratif, existentiel), la structure diffuse, en revanche est sa patrie. La première, presqu’inhumaine, témoigne d’un esprit de "domination narrative" ; la seconde, ironique jusqu’au comique, et douloureuse dans son réalisme, permet de laisser surgir les traits de notre misérable et ordinaire condition. On découvre ainsi toute la tension dialectique que la dramaturgie autorise quand elle est maniée avec science, celle qui attire et repousse le narratif et le réaliste, l’effet d’histoire et l’effet de réel.

Objectif

Construire un récit s’appuyant rigoureusement sur une structure dramatique "éclatée", grâce à des variations de tension dramatique et des ruptures de temporalité.
Prendre la mesure de la latitude qui existe entre une structure très académique et très dure, et l’émergence de l’aléatoire et de la déstructuration. Ici, il s’agit donc de construire quand même, mais sur un mode "doux".

Pour rappel, nous les nommions tels :
Les trois temps : exposition - développement - résolution
- Ouverture : la première scène, qui ouvre le récit et entame l’exposition
- Plot 1 : à la charnière entre exposition et développement, voit se formuler l’objectif–
- Climax : point culminant de la tension dramatique en fin de développement
- Plot 2 : à la charnière du développement et de la résolution, est le moment ou la tension retombe suite au dernier obstacle, que l’objectif aie été atteint ou pas.
- Etat des lieux : la dernière scène, qui clôture le récit à l’extrême fin de la résolution

Quoiqu’il en soit des choix que vous ferez, la progression dramatique qui fait le cœur du développement dans la dramaturgie concentrée, sera minimisée.

Contraintes

Cet exercice se déroule en 4 temps :

1° A l’aide du mètre pliant, construisez une structure aléatoire farfelue et improbable. Soyez VACHE, car votre construction sera livrée aux étudiants « d’à côté » qui devront se débrouiller avec, tandis que vous hériterez d’une autre vacherie.

2° Le long de la ligne du temps qui vous est fournie, mais pourra-t-on encore parler de ligne, vous placerez une série minimum de 4 images provenant des images fournies, constituant des étapes de votre le récit. Le reste provenant de la Boîte à images, avec un minimum total de 12 images.

3° Concertez-vous pour savoir ce que raconte cette histoire et écrivez-en le step outline. Respectez au maximum les deux axes : l’axe vertical de la tension dramatique, l’axe horizontal de la temporalité. Flash-back et chute de la tension dramatique doivent se retrouver dans l’écriture.

4° Construisez une pièce sonore à partir de ce step outline. Il sera composé de voix et de sons, capable de nous faire percevoir le récit dans son entiereté. N’hésitez pas à placer des didascalies ("Quelques heures plus tôt", "Le lendemaon") et placez des descriptions et des sons nécessaires à indiquer lieux et temps. La voix doit rester audible, utilisez ce que vous pouvez trouver (enregistreur, smartphone, ordinateur) pour enregistrer et monter.
Dosez les moments concentrés (descriptions de lieux, d’actions, d’enchainement causals) et la diffusion (voix inidentifiables, sons, onomatopées, silences), car les deux doivent être présents. Le tout doit faire entre 5 et 10 minutes. Donnez un titre, que vous énoncez au début, ainqi que vos noms.
Pour ceux qui en ont la capacité technique, la forme de diaporama ou de vidéo est envisageable, utilisant de manière riche la temporalité, le texte et du son.

Matériau fourni

Images de BD (issues du Jimmy Corrigan et de Building stories de Chris Ware).

Matériau fourni par vous

- Un mètre pliant de 2 mètres de long.
- Papier collant, ciseaux, ce qu’il faut pour que ça tienne, quoi.
- Boîte à images.

Matériau produit

- Une ligne du temps structurée d’images racontant une histoire des plus modernes.
- Une histoire complète sous forme de texte, structurée par la succession des scènes.
- Une bande son, avec éventuellement une piste vidéo.

Outils engagés

- Structure et Step.

Documents projetés

- L’Île sur la grande rivière de Eric Trotta, d’après Régis Franc, 1987.
- Une pièce sonore de Thibaut Halbardier et Philippe Van Cutsem

Durée

2 séances. Exercice réalisé par deux.