Caractérisation et conflit : le personnage à une dimension

Le caractère est la source « explosive » du comportement des personnages. Il colore les activités d’une singularité, d’une personnalité. Il devient « balistique » lorsqu’il prend une trajectoire, fournie par un objectif.
Est dit « simple », le personnage dont le caractère ne change pas au cours d’une histoire : généreux il est, généreux il reste.

Précédent | 3/11 | Suivant

Caractériser un protagoniste, c’est déployer son caractère à travers son apparence, ses attributs (objets, décors), ses paroles et ses actions. Caractériser un protagoniste permet sa lisibilité et la possibilité d’anticiper ou d’appréhender ses actions futures.

La caractérisation est l’action de mettre en place le caractère, d’exploiter une situation propice à le faire percevoir par le spectateur. Puisque le caractère est un moteur puissant pour créer la connexion entre spectateur et récit, la caractérisation est opérée en dramaturgie concentrée le plus tôt possible, généralement dans la première partie de la structure du récit, appelée exposition.

Le caractère est souvent lissé par les conventions sociales. Les usages sociaux veulent que l’on donne l’heure à quelqu’un qui le demande, par exemple, qu’on soit coquet ou misogyne. C’est pourquoi la caractérisation se perçoit plus rapidement à travers des conflits que dans le confort de l’univers du protagoniste (même si la présentation d’une routine donne droit à des scènes intéressantes). En dramaturgie, un conflit peut être de très basse intensité, il est une force contraire à la volonté des protagonistes, qui permet de décrire ses réactions à chaud, et au spectateur de se situer par rapport à lui.

Un conflit ne doit pas être spectaculaire pour exister, mais il est généralement connecté au caractère et, dans un récit bien construit, il est souvent connecté à l’objectif principal du sujet.

Ainsi, dès les premières scènes du film The mask, le personnage joué par Jim Carrey tente d’inviter une collègue de bureau à aller avec lui à un concert. En moins d’une minute, celle-ci va le déposséder des billets pour aller le voir avec une amie. Cette scène fait apparaitre cruellement la naïveté du personnage mais aussi les caractères des deux autres personnages impliqués dans la scène : la manipulatrice et le paternaliste. Sans surprise, la naïveté et la faiblesse du personnage sont au coeur de la thématique du film The mask.
De la même manière, au cours de cet exercice nous travaillerons conjointement le caractère et le conflit, connectés de manière symbiotique.

Objectif

Apprendre à composer un caractère (psychologique), en lui donnant des caractéristiques comportementales pour donner une consistance et une autonomie aux personnages, qui leur permettront d’exister ensemble dans un récit sans se fondre dans une masse indifférenciée de machines à agir, et donneront une vie supplémentaire à « ce qui leur arrive ». Comportemental est ici compris dans son sens ordinaire : qui passe par de l’activité, par du comportement.
Apprendre à rendre identifiable un caractère à partir d’une situation reconnaissable.

Contraintes

L’exercice se déroule en 4 temps :

1) Éclaircir le mode d’écriture dramaturgique en identifiant les caractères dans des extraits choisis.

2) Sur base d’une liste de caractères donnés et d’un conflit, écrire plusieurs situations caractérisantes engageant ces caractères. Les scènes seront écrites sur le mode comportemental (la scène comme vue par une personne externe, qui décrit ce qu’il voit). Chaque personnage intervenant dans les scènes écrites doit agir conformément à son caractère. Pour rappel, nous ne voulons aucun accès à leur intériorité par des effets littéraires (les phrases du genre : « à travers les effluves d’un vieux brandy écossais, il repense au rêve de cette nuit, dans lequel il rencontrait enfin le vrai amour » sont proscrites).

La comparaison des actions des personnages doit en tous cas faire apparaître clairement le caractère de chacun. On veillera donc aussi à diversifier les micro-scènes, pour garantir la richesse des descriptions comportementales : lieux, caractéristiques physiques, obstacles rencontrés seront autant d’outils pour rendre identifiable le caractère.

3) Écrivez au moins 4 scènes mêlant les trajectoires des personnages. La forme d’écriture pour cet exercice est le step outline, c’est-à-dire le résumé d’une scène en quelques phrases. L’écriture doit être synthétique ET riche en détails.

4) Lors de la deuxième partie du cours, vous recevrez une séquence de type bande dessinée ou roman photo, donc les dialogues ont été vidés.
Vous vous constituerez en groupes de deux étudiants, et choisirez chacun un de vos caractères. Un conflit vous est alors donné, qui structurera le récit.
Exprimez ces mêmes caractères par les dialogues et à l’aide des conflits qui vous ont été remis. Chacun sera le garant de son propre personnage et de l’expression de son caractère.

Votre intervention sur cette séquence se fera :
- Par des didascalies courtes, synthétiques, consistantes.
- Par des dialogues directs – tranchants – synthétiques – agissant.
a) Produisez un système d’actions et de réactions entre les personnages. Une parole répond à une autre, sauf si l’enjeu est précisément leur désynchronisation (le décalé, le rêveur...). Faites parler les personnages de quelque chose de défini. Évitez le bavardage qui rend confuse l’identification du caractère.
b) Faites des dialogues cohérents : ne produisez de rupture(s) que s’il y a une raison interne à l’histoire que vous mettez en place.
c) Evitez la redondance, le radotage. Pour cela, relancez les dialogues en vous appuyant sur les images.

Matériau fourni par l’atelier

Une fiche avec deux caractères et une situation.
Une séquence de BD ou roman photo - phylactères vides.

Matériau produit

Un ensemble de scènes écrites sur le mode comportemental.
1 séquence image - phylactères pleins.

Outils engagés

Identification d’un caractère.
Développement comportemental.
Composition d’un caractère.
Expression du caractère par la parole.

Documents projetés

L’exposition de The room de Jeff Balsmeyer.
L’exposition de "Jagten"(La Chasse) de Thomas Vinterberg
Un extrait de Die hard 3 John McTiernan, 1995
Un extrait de Another year de Mike Leigh
Un extrait de The big Lebowsky des frères Cohen.
Un extrait de Blanche neige et les 7 nains de Disney
L’ouverture de The mask de Chuck Russell.
L’ouverture de Made in Britain de David Leland.
Deux extraits de Art school confidential réalisé par Terry Zwigoff sur un scénario de Daniel Clowes.

Durée de l’exercice

2 séances, travail solo puis par deux.