Exercice 6, partie 2 : préparation, exploitation et milking

La préparation et l’exploitation sont deux symétriques, aussi nécessaires à la dramaturgie que l’admission et l’échappement pour le moteur à explosion. Voici un exercice pour en creuser un peu plus les mécanismes.

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La préparation consiste à injecter un élément dans la chaîne du récit, destiné à produire des effets dans la suite des événements. On parle donc de préparation ET d’exploitation, décrits par Aristote au travers de ses deux concepts du “vraisemblable” (événement plausible au vu des événements) et du “nécessaire” (conséquence logique des événements précédents).

Nous travaillerons dans le présent exercice cette mécanique à travers un autre concept phare de l’écriture de scénario : le milking. Ce terme barbare se traduit en français par “la traite” (du lait). Le milking s’attache à réduire - parfois volontairement -, le nombre d’éléments présents dans une narration, et à les réemployer le plus souvent possible, dans toutes les variations qu’ils offrent.
Cette économie a des raisons pragmatiques (il est moins onéreux de tourner dans peu de lieux de tournage, de payer moins d’acteurs, ou de dessiner un même décor) mais elle a aussi des raisons liée à l’efficacité dramaturgique. Il est en effet plus payant d’avoir en face de soi le type qui vous a particulièrement causé du tort à la fin d’une bagarre, plutôt qu’un autre type que vous voyez pour la première fois. De même, il est plus fort émotionnellement qu’un couple se sépare là où il s’est précisément formé.

Minimum de moyen pour un maximum d’effet : si la causalité met la mécanique au centre de la dramaturgie concentrée, cet exercice impose l’économie comme principe directeur.

Objectif

Identifier ou injecter dans le récit entamé dans la partie 1 de l’exercice des motifs et éléments récurrents. Intensifier leur présence et signification dans le récit à construire.

Contraintes

- Choisissez ensuite deux images. Observez les bien, car c’est dans leur matière visuelle que se trouve celle de votre récit. Numérotez ces images et nommez-les. L’un d’eux sera un objet matériel, et au moins un des deux sera un motif, c’est à dire un type d’expérience, (déception, émerveillement), un élément symbolique comme la mort mort, ou la disparition, ou l’amour non partagé, la trahison, etc.

- Associez cette image à une de vos scènes d’exposition, deux scènes de la progression dramatique, une scène de la résolution de votre récit.

L’une des exploitations évidentes sera le rôle d’adjuvant ou d’opposant, avec des trahisons ou conversions, mais d’autres rôles moins directs peuvent être trouvés. Revenez sur le motif, regardez les images dans leur polysémie : c’est dans la qualité des images que se trouve souvent les idées. Si un élément est une rivière, on peut y boire et être malade, ou embrasser l’être aimé assis à son bord, la traverser pour échapper à un poursuivant, y nager avec plaisir, ou s’y noyer, etc.

La richesse de ces deux éléments viendront de la diversité de leur exploitation.

Vous allez avoir probablement trop de scène par rapport à votre récit. Il est donc probable que dans les prochaines semaines des scènes disparaissent de votre "scénario", mais accumulez les scènes à ce stade, le tri pourra se faire plus tard, par fusion des scènes.

Attention
Les scènes sont écrites au présent, de manière courte, descriptive, comportementale. Nommez les éléments dans les scènes : ne dites pas “il tombe” mais “Jean-François tombe”, “il pleut” mais “il pleut sur la forêt”.

Matériel à réunir par les étudiants

Votre boîte à image, du papier, punaises et scotch.

Matériel rendu

2 images, 8 scènes minimum ajoutées/remaniées de votre récit.

Exemples montrés

Une séquence d’images du Mystère du lapin-Garou, Aardman Animations, 2005
Un montage de 10 minutes de Le mur invisible de Julian Roman Pölsler, 2013
Un extrait de Breaking bad, Vince Gilligan, 2008
The Crimson Permanent Assurance des Monty Python, 1983

Durée de l’exercice

1 séance.