Ex 5 : Le monde concentré

Chaque histoire se déroule dans un monde, qu’on appelle en narratologie la diégèse. Selon Étienne Souriau, la diégèse est "tout ce qui est censé se passer, selon la fiction que présente le film ; tout ce que cette fiction impliquerait si on la supposait vraie."

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Ce monde est à la fois plastique, physique et politique, et n’est jamais le même que le nôtre, aussi réaliste soit-il. Il est la construction d’un démiurge, qui en contrôle donc les qualités, notamment la causalité. La diégèse révèle souvent une forme d’inconscient de son auteur, les présupposés moraux sur lequel il base sa compréhension du monde.

Que l’on pense à la littérature jeunesse, parfois limitée à la sphère familiale ou à la bande d’amis, ou à celui de séries comme Game of Thrones, médiéval, fantastique, et guidé par la quête du pouvoir sans merci, ou celui des super-héros ou une morsure d’araignée peut permettre de grimper aux murs, chaque monde demande à son lecteur de suspendre son jugement et d’accepter ses règles.

Mais le monde créé par la narration peut aussi comprendre un écosystème, une organisation politique, des rites religieux et des rituels sociaux, qui peuvent avoir leur importance dans le récit. Ils peuvent dessiner les possibilités ou les interdits. Roméo et Juliette campe un monde dans lequel l’origine familiale détermine les possibilités de mariages, dans West Side Story c’est l’origine ethnique.

Objectif

Travailler à produire un monde, riche et précis, première étape de la construction d’un récit complet.

Premier temps : le monde

Pour commencer cet exercice, vous allez hériter d’un lot d’images tirées de mondes déjà crées par d’autres (film ou bande dessinée), vous irez vers ue œuvre qui vous est inconnue. Ce lot contiendra des paysages, personnages et des objets. En regardant ces images avec attention, vous allez ré-inventer le contexte général qu’elles peuvent susciter, et créer le monde de votre future narration.
A partir de ce matériau, il faudra déduire une série de caractéristiques "à froid", c’est à dire sans se lancer dans la narration qui va y naitre.

Voici une série de pistes qui peuvent vous aider à le décrire :
Moeurs
Comment s’y aime-t-on, s’y rencontre-t-on, quels sont les interdits moraux et religieux ? Est-ce qu’on y vieillit ? Comment y meurt-on ? Que fait-on à ceux qui bravent les interdits ?

Travail
Comment on subvient à ses besoins premiers ? Quels sont les loisirs ? Comment s’y reproduit-on ?
Y travaille-t-on beaucoup ou peu ? Qui organise le travail ? Y accumule-t-on des ressources ?
Quel rapport est entretenu avec la faune, la flore, les minéraux ?

Politique
Ce monde est-il en paix, en guerre, en harmonie, en conflit interne ? démocratique, republicain, monarchique, anarchique ? Est-il centralisé ou éparpillé ? Est-il en ruine ou plein de faste ?
Sa population est-elle organisée en castes, en métiers, en guildes, en villes, en communautés ?
Est-il opposé à un ou deux autres lieux ou entités qui ont d’autres types d’organisation ou est-il universel ?

Géographie
Quelle est la taille de ce monde ?
Se passe-t-il sur terre, en mer, sous l’eau, dans l’espace, dans l’air ?
Dans la forêt, la plaine, le désert ?
Est-il soumis aux mêmes lois physiques ? Quelle est sa météo ?
Le monde est-il entièrement connu et cartographié ? Y a-t-il des lieux interdits ?

Temporalité
Le temps y est-il continu, cyclique ? Y a-t-il des saisons ? Y vit-on longtemps ?

Décrivez le monde de manière simple et directe dans plusieurs des aspects évoqués plus haut, sur l’équivalent d’une à deux page A4. Vous pouvez l’accompagner de plans ou dessins.

Deuxième temps : What if

Une fois ce monde posé, vous allez perturber son état par une question : qu’est ce qui se passerait si... ?
Piochez trois images dans votre boite à image, ou dans le lot de quelqu’un d’autre. Ces images sont de possibles incidents déclencheurs d’une narration dans votre monde.
La question est liée aux caractéristiques de votre monde. Ce peut être un événement interne ou au contraire externe, indépendant de lui.

Écrivez les trois propositions différentes sur le mode de "Qu’est ce qui se passerait si..." sans chercher à y répondre immédiatement.

Considérez un moment ces trois incidents avant d’en choisir un qui sera votre base de travail pour la suite de votre travail.

Faire appel aux structures déjà évoquées.

Afin de donner de la consistance à l’ensemble de « ce qui arrive » à vos personnages à l’intérieur de votre histoire, vous allez générer une série d’événements, de péripéties, de situations, d’anecdotes... Vous allez construire des relations entre vos personnages, et entre vos personnages et des éléments, des objets, puis exploiter l’ensemble de ces relations.
Nous avons vu et travaillé ensemble le schéma actantiel et la structure dramatique concentrée.
Choisissez un des deux outils : placez les images sur un schéma actantiel, ce qui vous donnera un récit basés sur les relations entre vos actants, ou placez des événements sur une structure dramaturgique, ce qui vous fera travaillez prioritairement les conflits. Évidemment, ce sont deux faces d’un même récit.
utilisez celui qui vous inspire le plus pour construire votre récit. (Les deux ensemble sont admis évidemment, et d’ailleurs n’oubliez pas la caractérisation !).

Matériau produit

- Une histoire structurée dans l’espace afin d’identifier un schéma actantiel ou une progression dramatique.
- Une histoire complète sous forme de texte analytique/synthétique : la succession du scène-à-scène.
- Un résumé elliptique de cette histoire : le pitch.
- Un travail plastique (technique libre, mais vous devez intervenir plastiquement) à partir du lot choisi pour produire 3 scènes de votre récit.

Quelques exemples

THX-1138, dans lequel la population vit sous terre et où il y a une caméra dans l’armoire à pharmacie, qui permet de contrôler la prise de médicaments obligatoires dans le but de gérer les émotions de chacun.
Ugo Bienvenu et son "Préférence système".
Alessandro Tota : Charles
Another earth de Brit Marling et Mike Cahill, 2011