Préparer, exploiter : les allers-retours d’une écriture de récit

Afin de préparer l’exercice transversal, un exercice sur la structuration de récit nous semble bienvenu. En particulier, les notions de préparation et d’exploitation sont utiles pour penser structure narrative et contenu plastique, ainsi que les aller-retours occasionnés par la création d’un récit.

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Un récit, même le plus déconstruit, comporte un ensemble d’éléments qui permettent au récepteur de comprendre ses intentions. Selon le type de récit, ces intentions seront explicites ou implicites, cachées ou revendiquées. Même s’il y a toujours une part inconsciente dans les valeurs et le "message" portés par un récit, il nous semble important qu’un auteur.rice se pose la question, en cours d’écriture, des enjeux et thématiques développés dans un récit. C’est un des outils parmi d’autres pour structurer une narration, faire des choix, et apprendre sur soi-même.

But de l’exercice

Produire un récit contenant une série d’éléments structurants : ligne thématique, personnages, lieux, objets. Produire quelques éléments plastiques liés à ce récit : une scène, une illustration, ou un plan.

Déroulé

1) Pour entamer cet exercice, on se basera sur le hasard en piochant une série d’images, rapidement. Le but n’est pas de trouver des images et mots qui vous parlent, mais des éléments avec lesquels vous puissiez démarrer. L’un de ces éléments doit être un décor en plein air.

2) Vous déterminez dans les éléments piochés : deux "personnages" (humains, non humains), deux lieux, deux objets. Nommez ces éléments, soyez précis. Non pas "une clairière" mais plutôt "un clairière aux abords de l’autoroute E40". C’est plus propice à l’imagination, et plus drôle. De nouveau, invoquez le hasard et appuyez-vous sur la matière de l’image, soyez rapides.

3) Parallèlement, recevez une feuille avec une ligne thématique et des caractères que vous allez associer à vos personnages. Lisez la ligne thématique, passez en revue les éléments disponibles, et créez in abstracto une scène, ou plutôt une image, que les éléments vous inspirent. "Une rencontre entre un lama et une femme sur un pont d’autoroute", "une danse sur une table dans un bar de Cracovie", "une bagarre au pistolet laser dans un supermarché des années 50", choisissez quelque chose qui vous enthousiasme, sans savoir où le placer dans le récit.
Les caractères guideront le comportement de vos personnages. Un caractère par personnage suffit, mais associer deux caractères est possible.

4) Associez-vous à un.e autre étudiant.e. Mettez en commun vos éléments, ils feront partie d’une même histoire, même s’il est possible de structurer le récit sur la forme de récits parallèles ou sous la forme d’un pacte (une série d’actions conjointes au terme desquelles chaque actant repart de son côté).
La ligne thématique donne la direction de votre récit. Elle permet de mettre en ordre des scènes puisqu’il s’agira de créer de multiples conflits et de comparer un avant et un après ceux-ci.

5) Tracez sur une feuille de papier les trois moments d’une narration canonique : exposition/progression dramatique/résolution. Votre récit traversera ces trois espaces-temps.

Pas la peine de placer l’entièreté des noeuds de ce schéma, mais il est toujours intéressant de les garder en tête.

6) Placez votre scène/plan sur la ligne du récit. Il s’agit maintenant pour votre partenaire de préparer ou exploiter cette scène avant ou après celle-ci.
C’est une préparation ? Placez une scène qui donne une conséquence à cette scène plus loin dans le récit ( "Vu ce qui s’est passé hier au Mouchtek, tu comprends que tu ne peux plus travailler dans le groupe ’sobriété’ !")
C’est une exploitation ? Placez une scène avant celle-ci, qui va rendre la plausible ("Tiens tu vas ce soir au bar le Mouchtek ? Il parait que c’est un rendez-vous de fan de techno hardcore")
La scène peut être destinée à décrire le quotidien d’un personnage ou être un élément de conflit, en tous cas faites en sorte qu’elle fasse avancer le récit, c’est à dire qu’elle puisse être riche en conséquence.

7) Une fois les deux scènes initiales augmentées de deux scènes, il s’agit de revenir sur la ligne thématique et de déterminer le mouvement général du récit et le mode de relation entre les deux actants et leurs scènes. Les lignes thématiques sont-elles complémentaires, opposées, compatibles ? Il se peut qu’une des deux lignes thématiques deviennent secondaire ou fusionne avec le première à cette occasion. Réécrivez au besoin.

8) Nourrissez à partir de cette discussion ajoutez au moins deux scènes dans l’exposition, qui permettent au récepteur de percevoir les éléments en place, et symétriquement faites revenir les éléments ou situations de ces scènes dans la résolution, en déterminant les changements qui s’opèrent sur eux, en liaison avec les thématiques. Les lieux et objets impliqués doivent être dans les éléments piochés.

9) Revenez sur la partie centrale - la progression dramatique - avec deux exploitations du conflit pour vos actants en utilisant uniquement personnages, lieux et objets dont vous disposez, ce qui force à l’économie de moyen, un des piliers d’une bonne dramaturgie. De nouveau, revoyez la cohérence des actions par rapport à la ligne thématique et la chaine causale.

10) Ecrivez le step outline de ce récit en suivant l’ordre du récit. Soyez explicite et soyez le plus dramaturgique possible dans votre écriture : décrivez les actions par les comportements, pas par des métaphores.

Journée de marche sur la boucle noire

Cette journée de marche collective le 18 février dans un ancien bassin industriel (soyez bien couvert) sera l’occasion de produire des éléments plastiques qui prolongent cet exercice : dessinez, photographiez, filmez quelque chose en lien avec le récit obtenu, pour lui donner corps.

Travail produit

Une ligne de temps annotée, un step outline, quelques éléments de scènes dans un medium de votre choix.