Turn Up the Volume

Par Structure on désigne l’ensemble de "ce qui arrive" aux personnages à l’intérieur d’une histoire : événements, péripéties, situations, anecdotes. Elle est considérée comme dramatique (il faudrait dire dramaturgique) quand elle fait agir et réagir les personnages.
Lors de cet exercice, nous confronterons cet outil de construction à une écriture inspirée des réseaux sociaux et d’autres pratiques contemporaines : directe, courte, diffractée.

Structure dramatique

La structure d’un récit se construit sur une préoccupation presque unique : la chaîne plus ou moins ferme des causes et des effets qui s’applique aux personnages. Est donc pertinent, fondateur, dans une structure dramatique ce qui génère de la cause et produit de l’effet.
Nous appellerons structure dramatique concentrée, ce modèle lorsqu’il est appliqué de façon académique, à savoir systématique et continu. Elle sera, au contraire, diffuse lorsqu’on n’y retrouvera pas l’ensemble de ses articulations fondamentales, ou qu’il s’y opèrera des discontinuités, des aberrations ou des "pauses" dramatiques.

Le coeur de cet exercice est de mettre au travail un ensemble de modes d’existence de l’écriture quotidienne contemporaine, qui - contrairement à ce qu’on a un temps annoncé - a augmenté depuis l’arrivée de l’informatique grand public. Articles en ligne, posts de blog, mails, chat, sms, puis réseaux sociaux semi-publics et privés sont autant de manières d’interagir avec leurs codes, leurs usages et leur contraintes techniques.
Ces écritures font partie de nos pratiques quotidiennes et de notre intimité, il est donc normal que l’art se fasse l’écho des affects spécifiques qu’elles produisent, tout comme le roman épistolaire en son temps.

L’exercice

Pour commencer : faites une ligne du temps avec une structure durée/intensité, sur laquelle on dépose des éléments couvrants les points de structure et la progression dramatique.

Pour cela on prélèvera des images dans le matériel visuel disponible en classe. Soyez diversifiés dans le matériel : situations, objets, paysages, images abstraites, etc.

Déposez les images choisies sur les différents points de structure de la ligne du temps : 1) Ouverture 2) Exposition 3) Plot I 4) Progression/Développement (qui requiert plusieurs étapes génératrices de cette progression) 5) Climax (qui appartient et constitue le sommet de la progression) 6) Plot II 7) Résolution 8) Etat des lieux.
A ces moments on peut en ajouter deux, non systématiques : l’incident déclencheur, lors de l’exposition, et le point de non-retour, lors de la progression dramatique.

On remarquera immédiatement la symétrie de cet ordre :
A l’ouverture, qui présente les premiers ingrédients dramatiques dans leur état initial (de causalité sans effet), répond l’état des lieux, qui fait le bilan de leur état final (d’effet sans causes) au moment du baissé de rideau.
A l’exposition, qui enracine les ingrédients dramatiques dans un état général relatif d’équilibre, répond la résolution qui leur rend leur équilibre final.
Au plot I, qui déclenche la succession des obstacles (et conflits) producteurs de progression, répond le plot II, qui autorise leur achèvement définitif.
Et, au cœur de l’édifice, le développement, moment de tous les conflits, à l’intérieur duquel se situe le Climax, sommet dramatique de tout l’ensemble.

La tension dramatique (l’axe vertical du schéma) va du niveau le plus bas (la sensation de tranquillité, la domination sur la situation) au point le plus haut (le climax), vous devez en tenir compte dans votre schéma.

Une écriture digitale

Une fois quelques éléments placés, l’écriture peut se déployer. Elle respectera quelques règles :
 Ecrivez en employant une ou plusieurs modalités d’écriture que l’on trouve en ligne : tweets, posts, chats, sms, email, etc. Vous pouvez vous concentrer sur un de ces modes ou faire un assemblage de plusieurs.
 Vos dialogues, si vous décidez d’en inclure, doivent obéir à ces règles. Vous pouvez par exemple les restituer sous forme de chat.
 Hors éventuels dialogues, le narrateur est unique, pour éviter de perdre le lecteur dans l’éclatement des points de vue. Exceptionnellement, un point de vue autre peut être injecté (narrateur omniscient, narratif publicitaire, journal télévisé) mais on gardera la majeure part pour le narrateur principal.
 Ancrez l’écriture dans l’action (show, don’t tell !) et donnez des informations de contexte quand vous le pouvez. Exceptionnellement, d’autres types d’écritures peuvent minoritairement être injectées (poétique, sensitive, listes, scientifique, etc.).
 Les codes de l’écriture sont importants : post, sms, mail, post-it, échange de réseau social, etc. s’écrivent de différentes manières. Respectez les syntaxes (taille, paratexte comme la date, les émoticones), et au besoin la forme (cartouches, fenêtres, etc.).

Illustrer

Le choix de la forme est libre : vous pouvez faire un fanzine, une interface web (chat, blog, page web, etc.), une vidéo, une animation, etc. Tenez compte des compétences que vous avez déjà : un apprentissage technique peut être très chronophage.

Durée

Cet exercice sera le dernier de ce quadrimestre, soit cinq cours. Cela permettra d’aborder plusieurs concepts et pratiques autour du récit en construction. Le rapport texte/image, la question de la ligne thématique, le souffle d’un récit seront discuté en cours. Comme à notre habitude, nous apporterons de multiples exemples pour nourrir les imaginaires.

Cet exercice fait partie des travaux à rendre en janvier.

Exemples évoqués

No One Is Talking About This de Patricia Lockwood
Aux abois de Michael Furler
Six mois d’abonnement de Gabriel Dumoulin
Rouge signal de Laurie Agusti
Comfortless de Miguel Vila
Work life balance de Aisha Franz
33 tours et quelques secondes de Lina Majdalanie et Rabih Mroué (2012), qui explore le suicide d’un jeune activiste libanais en se basant sur les traces laissées sur ses appareils électroniques