Thème, ligne thématique, pitch thématique, débat moral : autour du "message de l’auteur"

Quel est le coeur, le fond, la ligne de force d’un récit ? Est-ce quelque chose d’invisible pour l’auteur ou conscient dès le départ ? Est-ce qu’il se dégage une fois l’écriture achevée, ou a servi d’outil de construction ?

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La ligne directrice d’un récit est peu de tout ça. Dans la plupart des méthodes d’écriture, le thème, la ligne directrice - ou un équivalent - existe pour sûr, et a une place plutôt noble. Cependant, les théoriciens de l’écriture de scénario insistent tous sur le caractère implicite que la thématique doit avoir doit sur le public du récit.

En tant qu’outil d’écriture, ce thème a le rôle d’outil de réflexion, voire de révélation, puisqu’il permet, notamment chez Mc Kee, de révéler à l’auteur ses vrais penchants moraux qui peuvent être en contradiction avec la perception morale et politique consciente qu’il croit avoir de lui-même.

"Il se peut que vous pensiez que vous êtes un être humain chaleureux et tendre jusqu’à ce que vous vous rendiez compte que vous écrivez des récits dont les conséquences sont sombres et cyniques".

Mais il peut surtout servir, en cours de parcours, à synthétiser l’ensemble des conflits présentés par le récit autour d’une phrase simple, directe et "irréductible" (Mc Kee). Et ainsi permettre de penser le climax, l’issue du récit, la motivation des personnages et les situations secondaires. C’est donc un outil de contrôle et de relance de l’écriture assez précieux.

Chez Robert McKee

Story : écrire un scénario pour le cinéma et la télévision
Dans le chapitre 6, "Structure et signification", Robert Mc Kee Parle de thème mais lui préfère le terme d’idée directrice. Elle s’exprime sous la forme d’une phrase affirmative décrivant ce qui arrive au protagoniste.
Elle est composée de deux éléments : la valeur et les moyens, et évoque la transformation que subissent les protagonistes durant le récit.
La valeur (par exemple la justice) et peut passer de négative à positive ou de positive à négative (le récit du coup sera un trajet de positif à négatif ou de négatif à positif). Les moyens est ce qui est mis en place et déployé pour produire ce changement de valeur.
On obtient une phrase courte et impérative :
« La justice triomphe parce que le protagoniste est plus violent et déterminé que les criminels » (L’inspecteur Harry)
« La haine nous détruit si nous avons peur de l’autre » (les liaisons dangereuses)
A partir de cette ligne directrice, on construit idées et contre-idées,
et Mc Kee insiste sur le fait d’éviter le didactisme, une démonstration allant dans le seul sens de l’idée directrice, en donnant une vraie place aux contre-idées, qui permettent un conflit presque équilibré et une vraie place aux opposants.

John Truby

L’anatomie d’un scénario
John Truby parle du thème en terme de débat moral qui est l’opinion morale de l’auteur et doit pour avoir de la qualité se faire discret. Truby place la visibilité de ce débat moral par le spectateur sur un axe allant du récit thématique (drame, allégorie, littérature sérieuse ou autres histoires religieuses) qui possèdent un débat moral visible jusqu’au récit d’aventure, ou d’action, mythe et fantasy au débat moral diffus.
Le récit mal fait fait passer pour Truby insiste sur le thème par des dialogues (des codas suivant la terminologie de ce site), alors qu’il faut le faire passer par la structure des conflits, les agissements des personnages (et donc les dialogues bien sûr, mais qui ne doivent pas être littéraux mais articulés comme conflits) pour que débat infuse le récit, s’impose au spectateur de manière invisible et lui donne l’impression de se reconnaître dans les actions vécues par les protagonistes.
Le débat moral permet d’écrire la ligne thématique, qui est une phrase émettant un concept général, par exemple « il faut affronter ses propres vérités et celle des autres puis pardonner ».
Il faut ensuite casser la ligne thématique en oppositions dramatiques : attribuer au héros une décision morale, faire de chaque personnage une variation sur le thème et mettre en conflit les valeurs du personnage.

Yves Lavandier

La dramaturgie
La question dramatique est chez Lavandier le thème sous la forme d’une question. Yves Lavandier parle de pitch thématique, qui énonce la situation et son dénouement de manière synthétique, mais il lui accorde peu d’importance en tant qu’outil, lui préférant le pitch dramatique, qui décrit l’action présente. Il parle d’objectif thématique mais il considère que l’objectif thématique est grosso modo toujours le même : grandir.