Chute

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La chute est le mode raccourci de la résolution. Elle résout, en général, sur le mode du coup de théâtre, une situation. Elle est donc une forme de révélation finale qui ne s’embarrasse pas d’un état des lieux, ne mesure pas tel ou tel écart entre une situation initiale d’exposition, et une situation finale de résolution. Elle a l’avantage de cette concision mais est très souvent déceptive, précisément par sa faible portée dramatique, réduisant souvent l’histoire à une variante de devinette, ou de gag.

Pour ces raisons, la chute est le mode d’action privilégié des formats de récits courts. En bande dessinée, elle est le mode incontournable du strip (modèle de bd de 3 à 5 cases généralement) ou de la "bd en une planche". Utilisée pour des formats plus longs, elle démontre un manque d’envergure du récit.

Pour pester contre cette recette, on se souviendra du texte de Moebius, en octobre 1975, dans l’édito du quatrième numéro de Métal Hurlant, reproduit ici in extenso :


Je vais vous dire pourquoi je fais des bandes dessinées sans scénario…
Je vais vous raconter par le menu les affres de la création…
Je vais vous dire une bonne chose. Je vais déballer, pire avouer…

En fait c’est très simple : d’une part, il y a tous ces raconteurs d’histoires… à chute, à exploits, à messages, à morale, a gags.
1/ A chute… C’est facile. Il faut contredire en une image tout ce qui a précédé… Le problème vient de la qualité de la contradiction. Plus la contradiction de départ est puissante, plus la pirouette sera goûtée… On voit à quel point ce procédé est clair… Combien également il est artificiel.
2/ A exploits… Donner une gamme de pouvoir à un type ou groupe et le mettre en présence d’un autre type ou groupe ou élément dont les gammes de pouvoirs sont légèrement supérieures en apparence… L’astuce consiste à donner le gain au plus faible. Le choix de l’astuce sera le message politique-moral de l’auteur.
3/ A message… Il y a toujours message, mais l’auteur peut estimer que la qualité du sien est telle qu’elle doit prendre valeur de squelette, et même parfois de muscles, de nerf et de sang. C’est parfois vrai, mais surtout pour les minorités culturelles.
4/ A morale….. On retrouve les mêmes structures que l’histoire à chute, mais pas spécialement dans la contradiction, bien que le procédé soit courant…
5/ A gags… Chaque phrase reconstitue et compresse les quatre précédents exemples avec des dosages variés…

Puisque le message politique est implicite, pourquoi le solliciter ? Pourquoi attendre la fin pour se contredire ? Pourquoi avoir peur d’être seul dans le noir et crier au secours ? Pourquoi être si anxieux d’avoir raison ?

Il n’y a aucune raison pour qu’une histoire soit comme une maison avec une porte pour entrer, des fenêtres pour regarder les arbres et une cheminée pour regarder la fumée… On peut très bien imaginer une histoire en forme d’éléphant, de champ de blé, ou de flamme d’allumette soufrée

Moëbius.