Le schéma actantiel - Production du schéma et du synopsis

Nous ne relèverons évidemment pas ici les erreurs élémentaires qui ont trait à l’identification fausse des actants : ceux qui ont pris un adjuvant pour un destinateur ou un objet pour un opposant, ont simplement mal compris les choses, ou mal rédigés les textes (de telle sorte que c’est nous qui ne comprenons plus rien).

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Les erreurs les mieux partagées et les plus répandues de ce rendu d’exercice sont en général :

La production d’un texte « programme »

Il était évidemment nécessaire de raconter une histoire, c’est-à-dire, de faire agir les personnages, les faire se confronter, produire un enchaînement qui mette en scène les différents actants. Au lieu de cela, on a souvent rencontré des tirades du genre : « Bob le chat va rencontrer des tas d’ennuis à cause de Dédé la truffe » (Quels ennuis ?) ou encore « Après des aventures rocambolesques, Bob le chat va enfin récupérer le lecteur mp3 de Jean-Claude Van Damme » (Quelles aventures ?) Il ne faut pas confondre le synopsis qui développe l’histoire entièrement, bien que de façon synthétique, et le teasing, texte programme que l’on trouve dans la gazette, et qui invite le chaland à se rendre dans le cinéma le plus proche pour découvrir comment Bob le chat va rejoindre Jean-Claude Van Damme. Variante de ce défaut : les histoires dont le programme est énoncé (il en bavera), l’issue posée (il finira quand même par y arriver), mais rien pour tenir les deux bouts.

L’oubli d’éléments et la fusion des composantes du schéma

Souvent par manque d’énergie, un schéma actantiel fond au moment de l’écriture : "Le ninja rouge et Brithney Spears s’opposent à lui" rassemble deux personnages dans l’indifférenciation d’une seule activité ou d’une seule fonction, traitée de façon généralement floue. Symétriquement à cette fusion, c’est parfois des actants qui passent tout simplement à la trappe en disparaissant du synopsis. Or cet exercice cherche à l’enrichir à partir de la diversité des éléments jetés en grande partie au hasard. On y préfère donc la production échevelée à la paresse de l’économie.

La réduction de l’image à une idée

Assez répandue, cette "erreur" consiste à nier la complexité de l’image pour lui donner une seule signification, souvent stéréotypée. La "magicienne" est rendue visible par une image de diva en robe suave, ce qui est déjà assez prévisible. Mais, en plus, la sensualité de l’image choisie n’est pas utilisée dans la construction du récit. Utiliser la boîte à images, c’est se confronter à la polysémie, et exploiter les interprétations et les indices pour nourrir les idées.

La négligence de l’achèvement et de l’exploitation

Un schéma actantiel se développe et structure l’ensemble d’une histoire. Il est donc problématique d’abandonner cette dernière en cours de route, une fois le catalogue des actants passés en revue, sans se préoccuper d’énoncer si oui ou non (et comment) le sujet va atteindre son objet et comment le destinataire va en profiter. Il est tout autant regrettable, dans une dramaturgie concentrée, de négliger, dans des pans entiers de l’histoire d’exploiter les actants qui en font partie. Bref, une histoire non terminée, même si tous les actants ont fait leur petite démonstration rend la fonction du schéma actantiel incomplète. En revanche, un schéma négligé fait perdre à l’histoire sa cohérence et sa structure.

Les agissements non motivés

Tel adjuvant s’avère soudain être un opposant, sans qu’on sache ce qui provoque ce changement ; tel adjuvant disparaît dans la nature après avoir sauvé in extremis le sujet de la pire impasse, sans qu’on comprenne comment et pour quelle destination actantielle. Que les actions soient échevelées, débridées, déconnantes ne dispense pas que les actants répondent à une causalité dans leurs activités. Et le synopsis se doit de l’énoncer. S’ils occupent une place dans le schéma, ils doivent l’assumer rationnellement, et non pas seulement isolément.

Le règne généralisé de l’invraisemblable

Bien sûr, quasiment toutes les histoires lues sont totalement invraisemblables, illogiques et impossibles, mais nous ne considérerons pas, ici, ce problème pourtant fondamental des constructions dramaturgiques comme un défaut. En effet, les rapports entre vraisemblable et nécessaire en appellent à une technique propre, non pas à la question des rapports entre personnages, mais au mode de développement de la causalité, sa préparation, son exploitation. De plus, les invraisemblances sont souvent, dans ce cas précis, les signes d’une façon totalement débridée de construire l’histoire qui, elle, est un grand bonheur.